I didn't believe in anyone but I found you today. My eyes aren't closed baby I still remember. If my words are not that clear. I know my heart is understanding every little kiss of you. I'm your princess for a night, maybe for ever. We were dancers in the rain and it still remains. If my words are not that clear. I know my heart is understanding every little kiss of you. Just a sunny day in paris please give it back to me. I don't need to be romantic I just have to be me. My lover is gone but I'm not in my own. With all these little kisses of you. My lover is gone but I'm not in my own. With all these little kisses of you.
Emilie Simon - To the dancer in the rain.
Jeudi, bientôt, j'ai hâte. Une liberté inouïe. «When I see you cry, it makes me smile» Pétasse.
C'était un bien vilain monde. Je ne sortais plus de chez moi. J'étais un peu comme Michael Jackson.
J'étais encore en pleine révolte, en pleine post-adolescence énervée. J'étais un peu comme Eminem.
Je m'isolais, là-haut, dans ma tour d'ivoire. Un peu comme un poète maudit.
Dans ce monde-là, les ressources naturelles de beauté avaient été épuisées. On vivait sur des restes. Moi, je ne lisais que les morts, ou des mourants. Certains d'entre eux se croyaient en pleine santé, ils ignoraient qu'ils étaient mourants. Puisqu'ils n'existaient que par le regard des autres, après tout. Et ces autres préféraient regarder la télé. Et pas Ciné Cinéma d'auteur.
Dans ce monde, des milliers d'êtes, relativement normaux, donc plutôt laids et plutôt bêtes, comme le veut la norme, revendiquaient leur droit d'aller montrer leur laideur et leur bêtise à des millions d'autres êtres laids et bêtes, qui se délectaient du pathétique de leurs semblables, ignorant qu'en fait d'écran, il n'y avait qu'un miroir. On paierait le miroir en vingt-quatre mensualités, et pour éviter de trop se serrer la ceinture, on contracterait un prêt, pour rembourser le crédit, et peut-être un autre prêt, pour rembourser le premier. Puis, quand on aurait les huissiers au cul, on passerait de l'autre côté du miroir, pour aller témoigner.
Le témoignage, mal du siècle parmi d'autres. On témoignerait contre la société, parce qu'après tout, c'est vrai que c'est inadmissible que cette société, responsable d'à peu près tous les maux aujourd'hui, vienne réclamer ce qu'elle a prêté. Qu'elle vienne démunir des familles d'honnêtes travailleurs, avec tous ces morveux à charge, QU'ELLE VIENNE LEUR VOLER LEUR HOME CINEMA! Hou, la société!
Il paraît que c'est le choix de certains de ne pas se brosser les dents plus d'une ou deux fois par mois. D'autres apprennent d'incroyables vérités métaphysiques de la bouche même de leurs animaux de compagnie. Leurs chiens et leurs chats leur parlent, mais à vous, monsieur le présentateur, ils ne diront rien, ils ne vous connaissent pas, ils sont intimidés par tout ce bruit, les technicien, le public, tout à l'heure dans les loges, Lulu s'est lâchée au point d'aller raconter à la maquilleuse à quel point c'a été atroce le jour où sa mère s'est fait descendre par un chasseur dans une verte prairie normande. Lisez son livre, elle l'a écrit alors que ce n'était qu'un chiot, c'est un peu la psychanalyse de ce triste événement... Non, non elle ne l'a pas tapé elle-même sur son I-Book écran treize pouces, elle me l'a dicté car nous communiquons par télépathie...
Le présentateur pose très sérieusement ses questions. D'une part, il tient à son audience, d'autre part, les allumés, ça le connait, il en a vu d'autres. Il coupera son fou rire au montage. C'est un être abject, mais à la rigueur, il est du côté des vainqueurs, on ne peut pas se foutre de sa gueule. La question posée est la suivante. Dans un monde où le regard blesse plus profondément que tout, pourquoi aller se suicider?
Dans ce monde-là, on se suicidait tous les jours.
On allait raconter son viol, exhiber ses seins lacérés par un chirurgien esthétique peu scrupuleux, vendre un produit. Les visages flous étaient passés de mode. On avait voulu se faire refaire les seins pour ressembler à une vulgaire petite créature de clip, on s'était fait violer parce qu'on ressemblait un peu trop à une vulgaire petite créature de clip. Etait-ce la télé qui faisait le con, ou le con qui faisait la télé? On pouvait tester son couple à déjeuner, et son inculture à dîner. Des gamines de huit ans voulaient être sexy. D'autres n'avaient trouvé pour se faire remarquer que de revendiquer leur droit de porter le voile au lycée. Finalement, l'école, on a bel et bien interdit le port du voile, et celui du string, aussi.
Il y avait comme un problème, disons d'identité.
Les jeunes étaient paumés et tout était ringard. Travailler était ringard. Porte un pantalon à la taille haute était ringard, il fallait traîner les pieds et montrer son calebar. Aller à l'école était ringard. C'était chiant en plus, et les profs étaient des sales cons. Quand ils le pouvaient, les jeunes allaient manifester contre l'Education nationale, ils ne savaient pas très bien pourquoi ils manifestaient. Bien entendu, l'autorité parentale vivait de bien mauvais jours, c'était l'incarnation même du ringard. Et quand les deux pauvres choses dépassées par les événements qu'étaient les parents du jeune tentaient de faire entendre à leur progéniture la Voix de la raison (raison = ringard), via une admonestation bien sentie tournant autour des thèmes de l'avenir et de la complexité du marché du travail pour les jeunes non diplômés avec le futal sur les talons et l'esprit quelque peu amolli par les abus de marijuana, le jeune, dessous sa casquette à l'effigie du Che Guevara (il ignorait qui était exactement le Che Guevara, mais le Che Guevara était cool), le jeune donc, aboyait un: "Mouarfhgeueue", et allait s'enfermer dans sa chambre car la Star Academy commençait.
Le début du XXIe siècle vit l'avènement d'une utopie nouvelle, l'utopie du :" Toi aussi, tu peux le faire", mauvais dérivé du concept de méritocratie, la méritocratie postulant que seuls les mérites d'un individu déterminent ses chances de réussir dans un monde où tout le monde a la possibilité d'aller à l'école et l'obligation de payer des impôts, etc. De ceci, l'utopie du "Toi aussi, tu peux le faire" avait conservé l'idée des mêmes chances dans la vie pour tout individu, mais en avait zappé l'idée de mérite. Léger oubli. De toute façon, le jeune n'avait pas envie d'aller à l'école. Il ne comptait pas non plus payer ses impôts.
Lui aussi pouvait le faire, et qu'est-ce qu'il voulait faire, le jeune?
Il voulait chanter.
A l'époque, une insidieuse question torturait depuis un bon bout de temps les grands décisionnaires de l'industrie du disque: "Pourquoi s'épuiser à bien faire, quand on peut aussi bien faire de la merde?"
La musique était un art, un art magnifique, le plus immédiat, le plus accessible.
L'art était compliqué, il demandait talent et investissement. L'art était une quête éperdue. Il impliquait souffrance, rage, haine. Il impliquait l'artiste, cette race maudite. Au siècle dernier, les artistes cassaient tout dans les chambres d'hôtel et se suicidaient pour des raisons obscures. Au siècle d'avant, ils s'automutilaient. Ils s'étaient toujours mêlés de ce qui ne les regardait pas, la politique par exemple. Ils prenaient des drogues. Les artistes étaient des casse-couilles. On ne pouvait rien y faire: c'était ce qui faisait d'eux des artistes qui en faisait des casse-couilles.
Il fallait les supporter, les subir, les ménager, les flatter, les réconforter, ils étaient sans arrêt "dans le doute", après trois malheureux succès, ils n'arrivaient plus à rien, leurs femmes se tiraient, il fallait les rattraper, etc. Et encore, s'ils s'étaient avérés valeurs sûres, une fois lancés, lancés pour toujours, une fois lucratifs, lucratifs à jamais? Mais l'artiste ne se contentait pas d'être casse-couilles, il était inégal aussi. Parfois, génie tarit, et quand génie tarit, public renie. Public renie, ne comprend pas, gueule, manifeste sa déception en boycottant les disques, finit par se rabattre sur ceux du voisin.
On n'habitue pas impunément le public à la qualité. Quand la qualité faiblit: le public se tire. Et le génie incompris se venge sur le mobilier de la suite, et ça coûte cher, et pour rien en plus. Et encore faut-il qu'il y ait génie. Ca ne court pas les rues, les génies, surtout en ce moment. Et le génie, ou disons le talent n'a jamais eu le mérite de mettre tout le monde d'accord. Il rime avec critique, controverse, rejet même.
L'art était subjectif, la merde était universelle.
Il fut donc décidé, d'un commun accord, de généraliser la fabrication de merde. Tout d'abord, on convint d'éviter les auteurs: les auteurs faisaient chier, ils étaient obsédés par l'idée de faire passer des messages dont tout le monde se foutait. On sectorisa la production, toi, tu écris, toi, tu chantes, toi, tu danses: et le premier qui tente de l'ouvrir, c'est la porte. Dans des bureaux parisiens qui ressemblaient à des usines, des paroliers qui ressemblaient à des fonctionnaires écrivaient des chansons qui ne ressemblaient à rien.
Le mot d'ordre était platitude. Le mot d'ordre était indigence. Le mot d'ordre était identification. Rien ne devait dépasser. Personne ne devait sortir du lot. Les chanteuses à voix devaient être moches et débiles, les créatures de clips devaient être vulgaires et débiles. Elles au moins couraient les rues. Les chanteurs devaient ressembler aux chanteuses et être débiles. D'une manière générale, tout le monde devait être débile, ça simplifiait les rapports humains.
On obtint une merde d'une nullité réjouissante. Elle atteignit sans mal ses objectifs en abrutissant du même coup trois générations de consommateurs. Les petites filles entre six et douze ans furent les plus gravement touchées, suivaient les adolescents des deux sexes, puis les jeunes femmes fleur bleue aux capacités mentales limitées. C'était bien mais ce n'était pas suffisant.
La presse grondait, l'intelligentsia, les gents de goût dont la race ne s'était pas tout à fait éteinte. Ca faisait du bruit, ça n'achetait pas les disques.
On se dit que tout jugement était comparatif. On décida d'annihiler la comparaison. Plus d'élément de comparaison: plus de jugement. Plus de jugement: l'unanimité.
On retira la musique classique du marché. La musique classique était démodée, hermétique, chiante. On vida les bacs. On pilonna les stocks. On incendia les conservatoires. On flingua les pianistes. On offrit de racheter à prix d'or les stocks des particuliers, les particuliers rapportèrent leurs disques. On les pilonna aussi.
Puis ce fut au tour du rock, du jazz et des bandes originales de films.
Puis comme on supprimait les bandes originales de films, on décida de supprimer les films aussi. Le cinéma était un art: c'était une usine à casse-couilles. Il touchait un monde fou, et certains films, parfois, avaient le don agaçant de réinjecter certaines idées, dont l'idée de beauté dans les esprits qu'on avait eu du mal à engourdir. Heureusement, c'était la télé qui finançait le cinéma, et la télé était avec nous. La télé envoya le cinéma au diable et sa bande de casse-couilles avec. A sa place, dans les salles, on diffusa des clips, des pubs, des sitcoms et des émissions de real TV. On retira les DVD des bacs. On pilonna les stocks. On flingua les comédiens qui ne voulaient pas se reconvertir en chanteurs débiles. On flingua les réalisateurs qui refusaient de tourner des sitcoms. On offrit de racheter à prix d'or les stocks de casettes et de DVD des particuliers. Les particuliers rapportèrent leurs stocks. On les pilonna aussi.
On ferma les musées.
On laissa les livres tranquilles: ça faisait belle lurette que plus personne ne les lisait.
On fit beaucoup, beaucoup, beaucoup de fric, On fit plus que du fric: on pacifia le monde. Plus de films violents: plus de violence. Plus de chansons tristes: plus de tristesse: Plus de rock'n roll : plus de drogues. Au lieu de ça, les jeunes voulaient chanter. Que c'était mignon. On avait suscité la vocation de toute une génération. On était presque des prophètes. Le monde était content, il avait même arrêté de fumer.
C'est le moment que les jeunes choisirent pour déserter les écoles. Ils descendirent dans la rue. Ils voulaient chanter, putain. Et si ces chanteuses moches et débiles pouvaient chanter semblables niaiseries en s'en foutant plein les poches et en passant à la télé en plus, pourquoi pas eux ? Ils voulaient chanter, nom de Dieu, comme tout le monde. Alors ils se mirent à chanter. Ils chantaient dans la rue, le micro à la main et l'ampli sur l'épaule, ils chantaient le plus fort possible, pour couvrir la voix du voisin. Les prostituées les rejoignirent, puis les esthéticiennes, les coiffeuses, les serveuses, les vendeuses, les secrétaires, les fleuristes, les journalistes de féminin. Elles voulaient chanter elles aussi. Ce fut le tour des garagistes, des ouvriers, des épiciers, des avocats, des mastroquets, des chefs d'entreprise, des footballeurs, des médecins, des toreros, des barmen, des pharmaciens, des facteurs, des agriculteurs et surtout des chômeurs. Ils voulaient chanter aussi, putain. Ils chantaient dans les rues, le micro à la main et l'ampli sur l'épaule, en tentant de chanter plus fort que le voisin. Les micros étaient en vente libre. On s'en procurait facilement. On les prohiba. La population ne se laissa pas faire. Un véritable marché noir du micro se développa. Des batilles éclatèrent entre gangs rivaux, pour le monopole du trafic du micro. Dans les rues, plus personne ne chantait : pour se faire taire les uns les autres, les manifestants en étaient venus aux mains, plus qu'aux mains : aux amplis : les manifestants s'assommaient à coups d'ampli. Il y eut des morts. Le monde n'était plus que violence. On l'avait trop abruti de sitcoms, de clips, de variété de merde. La merde n'était que sensations faciles. « On n'obtient rien de bon à inonder le monde de sensations faciles, alors qu'il a besoin de sensations forts » avait gémi un manifestant avant de décéder, lapidé à coups d'ampli. Plus tard, on découvrit que cet homme était l'un des principaux leaders d'un groupuscule velléitaire qui campait dans les égouts et dont l'activité principale consistait à cambrioler les entrepôts où l'on avait planqué les derniers exemplaires restants des disques et des films interdits, puis à les compresser pour les redistribuer sous le manteau. Les révolutionnaires marchèrent sur le siège social d'une radio nationale qu'ils prirent d'assaut. Pendant quelques minutes, avant d'être maîtrisés par les forces compétentes, puis exterminés, ils eurent le temps de pirater les ondes et de diffuser l'intégralité de la Symphonie n°6 de Ludwig van Beethoven. Sans vraiment savoir pourquoi, le monde entier, devant son poste, s'était mis à pleurer. Il y avait de quoi : plus personne n'avait rien à bouffer, car les agriculteurs chantaient, les transports ne fonctionnaient plus, car les conducteurs chantaient, les commerces étaient fermés, car les commerçants chantaient. La grippe était mortelle, puisqu'il n'y avait plus personne pour la soigner. La monnaie se dévalua. On ne put recourir au troc, puisqu'il n'y avait plus rien à troquer. La violence redoubla : il n'était plus question de survie. Dans les rues à feu et à sang, il n'y eut bientôt plus personne pour chanter. Derniers vestiges de la civilisation, la télévision et la radio cessèrent d'émettre : le monde prit fin dans un grésillement.
Lolita Pille - Bubble Gum